
Le problème ce n’est pas que l’on fume, mais qu’on se fasse prendre en train de le faire. Je n’ai jamais capté l’extrême finesse de cette nuance, mais il paraît qu’il vaudrait mieux faire semblant de ne pas fumer, pendant que les parents font eux font semblant de ne rien sentir (et pourtant qu’est ce que ça pue !). Voilà, donc le tout c’est de faire semblant, comme à peu près tout dans notre vie finalement. On fait semblant de rester vierge et de se préserver pour le mariage alors que maman doit bien se douter que ce n’est pas chez la copine qu’on passe la nuit du samedi, on fait semblant d’assumer notre liberté de femme et jouir de notre émancipation alors qu’on se cache pour aimer, on fait semblant d’être accomplie dans notre boulot alors qu’on pèse sous le poids de l’inégalité des chances et des salaires, on fait semblant d’être à l’aise dans notre rôle de fashion victime alors qu’on se retrouve entre les mateurs qui nous déshabillent du regard les semi-mateurs qui profitent discrètement du spectacle et nous crachent dessus dans notre dos et les autres qui sont pour la liberté des femmes sauf bien sûr les leurs ( sœurs cousines femmes et filles…). Pour résumer : on doit quitter le matin la maison, où l’on est scrutée sniffée guettée et traitée comme une petite ado de treize ans, pour s’engager dans une rue où l’on aime bien nous mater tout en nous crachant dessus, pour arriver au boulot où l’on doit travailler tout aussi dur que les collègues mâles sinon deux fois plus dur si l’on veut s’aligner et avoir plus au moins les mêmes chances, en restant féminine, coquette, sans toutefois distraire les pauvres collègues sensibles aux charmes et courbes féminines, en espérant entre temps rencontrer un homme qui nous aimerait pour ce qu’on est ( au fait qui est-on au juste ? il m’arrive de me perdre) tout ça sans fumer à la maison, et même pas dehors ? Je vous le dis, cette loi fumante pourrait avoir des incidences graves sur la santé mentale des femmes et par le même biais celle de toute la société. Oubliez de la voter ça vaudrait mieux pour tout le monde.
PS 1: je ne fume pas, mais je comprends !
PS2 : le moment rêvée, c’est celui où l’on se libère de nos vêtements étriqués, des préjugés et des regards, où l’on se prélasse rideaux fermés sur un canapé, avec un remontant (chocolat, cigarette, café, séries débiles, film de nana, campari ou martini …) où l’on est juste face à soi même sans retouches, sans scénarios à jouer, et sans contraintes. On exige de nous beaucoup de choses irréalisables, et humainement impossibles.
Martini rouge